Une racine parfumée, des gestes transmis entre femmes et une tradition qui traverse les générations.
Il y a des plantes que l’on découvre dans un livre. Et puis il y a celles que l’on connaît presque sans savoir qu’on les connaît.
Celles que l’on a vues dans une bassine, une casserole ou au fond d’une bouteille. Celles dont on reconnaît l’odeur avant même d’en connaître le nom scientifique. Celles dont une mère, une tante ou une grand-mère nous a un jour parlé.
Le khamaré fait partie de ces plantes-là.
Très présent dans les traditions d’Afrique de l’Ouest, il est notamment apprécié pour son parfum si particulier et utilisé de différentes façons dans les pratiques traditionnelles.
Mais que savons-nous réellement de cette plante ? Et surtout, où s’arrête la tradition et où commence ce que la science a aujourd’hui pu observer ?
Bienvenue dans Le Carnet de Jamma. Pour ce premier rendez-vous, partons à la découverte du khamaré.
À la découverte du Khamaré
Le khamaré correspond à Chrysopogon nigritanus, une plante de la famille des Poaceae.
Selon les régions et les langues, on peut la rencontrer sous différents noms. Une publication consacrée à cette espèce au Sénégal rapporte notamment les appellations khamaré en soninké, ceep en wolof, sodhorè en peul, sintché en sérère et gongoli en diola.
Ce que l'on utilise principalement, ce sont ses racines/rhizomes très aromatiques.
Une fois séchés, ils prennent l'apparence de longues racines brunâtres et dégagent au contact de l'eau un parfum boisé et caractéristique.
C'est d'ailleurs l'une des particularités qui rendent le khamaré si reconnaissable.
Khamaré et vétiver : attention à la confusion
Tu verras souvent le khamaré simplement présenté comme du « vétiver ».
Ce n'est pas complètement faux, mais cela peut prêter à confusion.
Le khamaré dont nous parlons ici est Chrysopogon nigritanus, autrefois également désigné sous le nom Vetiveria nigritana. Il ne faut donc pas automatiquement le confondre avec d'autres espèces de vétiver que l'on rencontre notamment en parfumerie.
C'est une distinction importante, particulièrement lorsque l'on achète une plante en ligne.
Une plante ancrée dans les traditions
Ce qui m'intéresse particulièrement avec le khamaré, ce n'est pas seulement la plante.
C'est tout ce qu'il y a autour d'elle.
Les gestes. Les conseils transmis oralement. Les femmes qui préparent une eau parfumée sans nécessairement mesurer chaque racine. Les habitudes qui passent d'une génération à une autre.
En Afrique de l'Ouest, et notamment au Sénégal, Chrysopogon nigritanus est décrit dans la littérature comme une plante aromatique et médicinale traditionnellement utilisée.
Les racines peuvent notamment être mises à macérer dans l'eau afin de la parfumer. Des sources ethnobotaniques rapportent également des usages traditionnels digestifs et antiseptiques.
Mais dans les usages féminins transmis oralement, le khamaré a acquis une place toute particulière.
On lui attribue traditionnellement différentes utilisations autour du confort intime, des menstruations, de la période post-partum ou encore de la sensualité.
Comment le khamaré est-il traditionnellement utilisé ?
L'une des utilisations les plus connues consiste à faire bouillir quelques racines soigneusement rincées dans de l'eau pendant quelques minutes.
Petit à petit, l'eau s'imprègnedeleur parfum caractéristique.
Elle peut ensuite être consommée comme tisane.
Dans certains usages transmis entre femmes, cette préparation est notamment associée au confort digestif, au cycle menstruel, à la période suivant l'accouchement et au bien-être intime.
Le khamaré est également utilisé sous forme d'infusion : les racines sont placées dans de l'eau froide qui est ensuite laissée infusée ou macérée.
Sa dimension aromatique est également importante. Les rhizomes renferment une huile essentielle odorante, et cette odeur boisée contribue largement à la place du khamaré dans les usages traditionnels.

Pourquoi le khamaré occupe-t-il une place si particulière auprès des femmes ?
Si le khamaré continue d'être utilisé génération après génération, ce n'est pas uniquement pour son parfum.
En Afrique de l'Ouest, ses racines accompagnent depuis longtemps les femmes à différents moments de leur vie. Les pratiques diffèrent selon les pays, les ethnies et les familles : certaines utilisations sont documentées dans des travaux ethnobotaniques, tandis que d'autres nous sont surtout parvenues par la transmission orale et l'expérience des femmes.
Et c'est précisément cette mémoire féminine qui nous intéresse chez Jamma Care.
Voici les principaux bienfaits traditionnellement recherchés avec le khamaré.
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Le confort pendant les règles
C'est probablement l'un de ses usages féminins les plus connus.
L'eau ou la décoction de khamaré est traditionnellement consommée par certaines femmes pour apaiser les crampes et les inconforts menstruels.
Cet usage n'est d'ailleurs pas uniquement rapporté de manière informelle : des travaux récents consacrés à Chrysopogon nigritanus mentionnent également son utilisation par de jeunes femmes pour soulager les douleurs menstruelles.
Pour beaucoup, le khamaré devient ainsi l'une de ces plantes que l'on ressort naturellement à l'approche ou pendant les règles.
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Un allié traditionnel de la digestion
Ballonnements, gaz, sensation de lourdeur après le repas…
Les racines de khamaré sont traditionnellement utilisées pour favoriser le confort digestif et calmer certains troubles digestifs. Cet usage est retrouvé dans différentes sources consacrées aux emplois traditionnels de Chrysopogon nigritanus.
C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles certaines femmes aiment simplement boire une eau dans laquelle quelques racines ont macéré au cours de la journée.
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Une eau traditionnellement appréciée pour ses propriétés purifiantes
Le khamaré est aussi connu pour son utilisation dans l'eau.
Les racines lui donnent leur parfum caractéristique, mais elles sont également traditionnellement employées comme purifiant naturel de l'eau et antiseptique. Cet usage est bien documenté au Sénégal.
Cette dimension « purifiante » explique probablement une partie de la réputation particulière que la plante a acquise dans les pratiques populaires.
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Le bien-être intime féminin
C'est évidemment un pan important de l'histoire du khamaré.
Dans les savoirs transmis entre femmes, on retrouve de nombreux témoignages autour de son utilisation pour maintenir une sensation de fraîcheur et de confort intime, mais aussi concernant les odeurs et les pertes vaginales.
Certaines traditions lui prêtent également un rôle dans l'équilibre de la flore intime.
Il faut néanmoins faire ici une distinction importante : ces derniers usages appartiennent principalement aux savoirs populaires et aux expériences rapportées par les femmes. Ils ne signifient pas que le khamaré traite une vaginose, une mycose ou une infection urinaire.
Et une infection suspectée mérite toujours d'être diagnostiquée plutôt que simplement masquée par une plante.
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Une réputation aphrodisiaque très ancienne
Impossible de parler du khamaré sans évoquer sa réputation auprès des femmes pour la libido et la sensualité.
Dans certaines communautés, son utilisation est intimement associée à la féminité et à la vie conjugale.
Et cette réputation n'est pas seulement présente sur les réseaux sociaux ou dans le commerce moderne : une enquête consacrée à l'utilisation des plantes médicinales rapporte que la majorité des personnes interrogées utilisant Chrysopogon nigritanus le faisaient notamment pour la baisse de libido, comme aphrodisiaque.
C'est sans doute l'une des facettes les plus fascinantes de cette plante : elle se situe à la croisée du soin de soi, du parfum, de l'intimité et de la sensualité.
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Une plante qui accompagne traditionnellement l'après-accouchement
Le khamaré a également sa place dans certains savoirs féminins autour de la maternité.
Des usages sont rapportés après l'accouchement, période pendant laquelle différentes plantes occupent traditionnellement une place importante dans l'accompagnement des femmes en Afrique de l'Ouest. Des travaux ethnobotaniques menés au Sénégal ont d'ailleurs identifié Chrysopogon nigritanus parmi les plantes utilisées en gynécologie traditionnelle.
Selon les traditions familiales, le khamaré est associé à d'autres plantes dans les préparations destinées à accompagner la récupération de la jeune mère.
Certains usages populaires lui attribuent également un rôle dans la lactation et la récupération post-partum, mais ces pratiques sont beaucoup moins documentées et doivent donc être présentées comme telles.
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Détente et apaisement
Le khamaré n'est pas uniquement associé au corps.
Son parfum boisé et caractéristique participe beaucoup au rituel.
Traditionnellement, certaines préparations à base de racines sont consommées pour favoriser la détente et apaiser le stress. Une publication récente consacrée à la plante mentionne notamment une préparation associant eau de riz et racines de vétiver traditionnellement utilisée au Sénégal pour apaiser et relaxer.
Et parfois, le rituel lui-même compte autant que la plante : faire chauffer l'eau, sentir les racines, préparer sa boisson et prendre quelques minutes pour soi.
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Et aussi dans les soins de beauté
Le khamaré ne s'arrête pas à l'infusion.
La plante et ses composés aromatiques trouvent également leur place dans des usages cosmétiques et parfumants traditionnels. Certaines pratiques populaires l'associent au soin de la peau, notamment pour la purifier et prendre soin des peaux sujettes aux imperfections.
Son parfum explique aussi son utilisation dans différents rituels parfumés et préparations traditionnelles.
C'est cette polyvalence qui rend le khamaré si intéressant : une même racine peut se retrouver dans une bouteille d'eau, une décoction, un rituel féminin ou une préparation parfumée.
Et la science dans tout cela ?
La recherche sur Chrysopogon nigritanus est encore jeune et reste loin d'avoir exploré tous les usages que les femmes lui attribuent depuis des générations.
Les premiers travaux ont néanmoins identifié dans ses racines différents composés, notamment des polyphénols et flavonoïdes, et observé une activité antioxydante.
Beaucoup de ses usages féminins — autour de l'intimité, de la libido, du cycle ou du post-partum — restent cependant peu étudiés cliniquement.
Chez Jamma Care, nous pensons que tradition et science peuvent coexister : préserver et transmettre les savoirs des femmes, tout en restant curieuses de ce que la recherche nous permettra demain de mieux comprendre.
Le khamaré représente assez bien la raison pour laquelle Jamma Care est né.
Entre nous...
Pendant longtemps, beaucoup d'entre nous ont côtoyé ces plantes sans nécessairement chercher à comprendre ce qu'elles contenaient ou pourquoi les femmes avant nous les utilisaient.
Elles étaient simplement là.
Dans une cuisine.
Chez une tante.
Dans les affaires d'une grand-mère.
Dans une bouteille d'eau préparée par une femme de la famille.
Et puis un jour, on commence à poser des questions.
Pourquoi cette plante ? Pourquoi de cette façon ? Qu'est-ce qui relève de la tradition ? Qu'est-ce que la science a réellement étudié ?
C'est cette curiosité que j'ai envie de partager ici.
Non pas pour opposer tradition et science, mais au contraire pour faire dialoguer les deux.
Parce que préserver un savoir, c'est aussi chercher à mieux le comprendre.

Pour aller plus loin
Le khamaré n'est qu'une des nombreuses plantes utilisées et transmises depuis des générations.
Baobab, bissap, gowé, djeka… derrière chacune d'elles se cachent des usages, des histoires et parfois des souvenirs profondément liés aux femmes.
J'en ai réuni cinq dans mon guide :
5 plantes africaines que chaque femme devrait connaître
Un petit voyage entre traditions, usages féminins et transmission.
→ Télécharger gratuitement le guide Jamma Care
Et si ces sujets te parlent, bienvenue dans Le Carnet de Jamma.
Nous allons parler de plantes, bien sûr.
Mais aussi de bien-être féminin, de traditions, de transmission, de nutrition, de rituels et de toutes ces petites choses qui nous permettent de prendre soin de nous avec davantage de conscience.
À très bientôt,
Sophie 🌸
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